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Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a sonné l’alarme quant aux effets catastrophiques de la dispersion de mines après la destruction du barrage de Kakhovka, situé dans le sud de l’Ukraine. Cette situation met en danger les populations civiles ainsi que les équipes de secours qui interviennent dans la région.
Erik Tollefsen, responsable de l’unité Contamination par les armes du CICR, a exprimé sa préoccupation lors de la présentation d’un nouveau drone utilisant l’intelligence artificielle pour repérer les mines et autres objets explosifs. Selon lui, avant la destruction du barrage, il était possible de localiser les dangers, mais désormais, cela n’est plus le cas.
Ce drone révolutionnaire, qui peut couvrir en une journée la même surface qu’un chien spécialiste du déminage en six mois, a été testé avec succès lors d’expériences en Jordanie. Le CICR espère l’utiliser pour la première fois cette année dans les environs d’Alep, en Syrie. Toutefois, en attendant que cet appareil puisse être déployé en Ukraine, où la Russie a lancé une opération militaire d’envergure l’année dernière, le CICR soutient déjà les équipes de secours engagées dans le déminage en leur fournissant du matériel, des formations et en soutenant les opérations de cartographie et de marquage.
Malheureusement, toutes ces mesures ont été emportées par les eaux suite à la destruction du barrage, comme l’a déploré M. Tollefsen. Les panneaux de marquage ont disparu, et pire encore, l’eau, qui est incompressible, transporte maintenant ces mines antipersonnel et antivéhicules, telles que les TM-57, vers des endroits inconnus.
Selon le spécialiste norvégien, ces mines se trouvent quelque part en aval, ce qui représente une préoccupation majeure pour les populations locales ainsi que pour les secouristes, y compris les ambulances. Les Nations Unies avaient déjà mis en garde contre les risques liés aux mines dans cette région disputée, mais le CICR est particulièrement préoccupé par le fait que l’eau n’altère pas le mécanisme de mise à feu de ces armes explosives, même après des décennies.
Le CICR reconnaît qu’il est difficile de déterminer le nombre exact de mines dispersées par les eaux, car les parties au conflit n’ont pas déclaré combien de mines elles avaient posées. Toutefois, M. Tollefsen a alerté sur le fait que les chiffres sont énormes.
La destruction du barrage, pour laquelle Moscou et Kiev se rejettent mutuellement la responsabilité, a entraîné un déversement massif d’eau dans le Dniepr, obligeant des milliers de civils à évacuer les zones inondées et suscitant des craintes quant à une catastrophe écologique imminente.
La présidente du CICR, Mirjana Spoljaric Egger
, a souligné que la destruction du barrage met en évidence la nécessité de respecter le droit humanitaire international. Lors de la présentation du drone détecteur de mines, elle a déclaré que les dégâts étaient déjà considérables.
Ce nouvel outil, bien qu’il ne retire pas les mines lui-même, permettra d’accélérer leur détection grâce à ses caméras, son détecteur de chaleur et son logiciel d’intelligence artificielle. Le CICR envisage de partager cette technologie avec d’autres acteurs. Selon Martin Jebens, spécialiste danois en armement au CICR, cet appareil couvrira des zones beaucoup plus vastes à une vitesse bien plus élevée que les démineurs ou les chiens. Selon les estimations prudentes, cet outil devrait permettre d’étudier et de traiter jusqu’à 100 000 m² par jour, comparé à la moyenne actuelle de 50 m² par jour par démineur.
Alors que la situation reste préoccupante en Ukraine, le CICR continuera de travailler en étroite collaboration avec les équipes de secours pour atténuer les dangers liés aux mines et soutenir les populations touchées.



